Des verres de mariés du XIXème siècle

En cherchant dans ses «trésors», Verrelène a retrouvé deux verres provenant de la verrerie de Wildenstein, non loin de la Bresse, sur le versant alsacien des Vosges, au pied du col du Bramont. Grâce à une association locale nous en savons plus sur l’histoire de cette verrerie et des familles verrières qui l’on fait prospérer. Ces deux verres ont récemment été offerts par leur propriétaire au Musée du Verre de Meisenthal.

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Créée en 1699 par contrat passé entre le Prince Abbé de Murbach, alors propriétaire des lieux, et les maîtres verriers venus d’horizons divers, elle a «tourné» jusqu’en 1884 date de son démantèlement. La majorité des fondateurs, et en particulier les familles HUG et SCHMIDT, venaient de la verrerie de Lucelle à la frontière franco-suisse, lieux qu’ils avaient quitté en conflit avec leur propriétaire. Celui-ci, l’abbé de Lucelle, leur reprochait de saccager les forêts et de ne pas payer les loyers. Cette implantation à Lucelle datait de la fin du XVIème siècle, les verriers provenant en majorité du sud de la Forêt Noire, dans le secteur de Sankt Blasien.

Les déplacements des familles verrières au gré des créations et des fermetures sont aujourd’hui mieux connus grâce aux travaux des historiens et des généalogistes. Par exemple, de Lucelle des verriers ont migré le long du Doubs, dans les verreries proches de Fessevillers, puis dans la région lyonnaise le long du Gier comme à Givors, et même jusqu’en Provence à Gémenos !

Pour en revenir à Wildenstein, l’installation s’est faite en pleine forêt, derrière le château de Wildenstein, où les verriers disposaient du bois, de l’eau et de sable, éléments de base d’une verrerie. La glaise pour fabriquer les pots de cuisson venait des collines alsaciennes, et le sable blanc pour le verre transparent se cherchait dans le jura suisse où fonctionnaient aussi de nombreuses verreries. Petit à petit les verriers ont déboisé et créé des pâtures pour leurs chèvres et vaches. Le travail était dur, le four tournait sans interruption durant six mois, jour et nuit, et les équipes se relayaient pour entretenir le feu et souffler le verre. On utilisait beaucoup de bois pour chauffer les fours, et il était assez facile, mais dangereux, de faire glisser les troncs du haut de la pente par des lançoirs pour les amener à côté de la halle, au centre du village. Mais une part importante des arbres était brûlée sur place, pour produire de la cendre dont les verriers faisaient grosse consommation. En effet, cette cendre ou «potasse» était indispensable car elle permettait d’abaisser le degré de fusion du sable et d’arriver à une température d’environ 1250 °, alors accessible aux fours de l’époque.

 

A Wildenstein, même si au début de la verrerie les maîtres verriers savaient encore faire du verre de très haute qualité, «façon de Venise», la production s’est tournée progressivement vers du verre courant, des objets usuels en verre, puis des dames-jeanne et des bouteilles. Ces derniers contenants étaient produits tant pour l’industrie chimique que pour les vignerons et distillateurs. La production a suivi l’évolution des technique, on est passé du bois au charbon de terre (houille), du verre entièrement soufflé au soufflé-moulé, puis au moulé-pressé.
Au XIXème siècle l’industrie textile naissante, puis l’annexion de l’Alsace après la guerre de 1870, ont sonné le glas de la verrerie dont il ne reste pratiquement aucune trace. Quelques objets sont conservés en mairie de Wildenstein et une salle, consacrée à l’histoire de cette industrie, est visible au musée de Saint-Amarin.
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De nombreuses familles ont alors quitté le village pour s’installer non loin, dans les Vosges, département resté français. Ce département abritait déjà des verriers de Wildenstein, comme les verreries de Vannes-le-Châtel, fondées par un SCHMIDT de Wildenstrein. Certains descendants ont conservés pieusement des objets fabriqués à Wildenstein par leurs ancêtres verriers, comme des «baromètres à tonnerre», des abreuvoirs à oiseaux, des pièges à guêpes ou à alevins, ou même des cannes de conscrits multicolores. Ces objets sont aujourd’hui très recherchés, d’autant qu’il est compliqué d’en garantir la provenance, car la verrerie de Wildenstein ne marquait pas ses pièces. Seules quelques tuiles en verre, invention wildensteinoise de la première moitié du XIXème siècle, portent un K gravé, initiale du patronyme de Zéphirin Kientzy alors propriétaire de cette verrerie.
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La paire de verre que nous présente Verrelène est datée de 1874 et consiste en deux verres de type gobelet, soufflés-moulés puis taillés à dix pans et gravés à la roue. La gravure consiste en une frise florale, et un cartouche comportant le noms des époux et l’année du mariage. L’un mentionne N. FLIELLER et l’autre R.HALLER. La recherche permet de confirmer le mariage célébré à Kruth en août 1874, entre Nicolas FLIELLER et Reine HALLER. Un autre objet, provenant de la même verrerie, est une cruche à bière en verre soufflé avec anse collée à chaud,  cruche décorée d’une rose et de feuillages, datant des années 1875.

Qui d’autre nous trouvera un objet issu de ce petit village de montagne niché au fond de la vallée de Thann  ?


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