Les dames-jeannes

Ces grosses bonbonnes en verre, autrefois soufflées puis moulées, servaient de récipient à divers liquides, alimentaires ou chimiques.

 

La légende veut que le nom provienne de Jeanne d’Anjou-Sicile (la Reine Jeanne 1328-1382) qui, chassée de Naples en 1347 se réfugia en Provence. Là, chez un verrier de Draguignan, elle demanda à voir souffler une bouteille. Le verrier, sans doute ému par la présence de la noble Dame, souffla si longtemps et si fort  qu’il donna naissance à une grosse bonbonne … Voir le blog du Centre de Mémoire de la verrerie d’en Haut à Aniche (Nord) et celui de Selency (Brocante Lab) Ici ===>>>

Mais en réalité l’étymologie de dame-jeanne est tout autre comme nous le précise le Wiktionnaire (voir ici===>>>).

Ce mot vient du persan, la ville de Damghan était célèbre pour sa fabrication d’objets en verre. Le mot est parvenu en Europe par le commerce avec le Levant (turc damacana, arabe damagana).
De l’occitan damajano [1], le mot est attesté en catalan sous la forme damajana, en français, en 1694, sous la forme dame-jane chez Corneille. En 1701, apparait la variante dame-jeanne par emploi humoristique du prénom Jeanne, allusion à la forme rebondie de cette bouteille.

Le transport des liquides alimentaires (vins, alcools, huiles) ou des produits  de l’industrie chimique donna naissance à une grosse production de dame-jeanne et certaines verreries s’en firent une spécialité.

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Pour protéger ces bonbonnes on posait d’une part un anneau de verre au goulot pour le renforcer, ce qui permet parfois d’identifier la verrerie d’origine, et d’autre part on enrobait la bonbonne dans un emballage fixe. Cet emballage protégeant le verre était constitué soit d’osier tressé, soit de cordages. La protection pouvait consister aussi en un simple paillage, englobé dans un sec de chanvre, et plus tard dans un corset métallique ou de lattes de bois. Le contenu d’une telle bobonne pouvait aller de 5 à plus de 40 litres ….

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La petite verrerie de Wildenstein (1699-1882) dans le haut de la vallée haut-rhinoise de Thann s’était fait, au XIXème siècle, une spécialité dans la fabrication des dames-jeannes. Au sujet de cette verrerie  voir notre article ici ===>>>).

Un bûcheron, Joseph ROBISCHUNG né en ce lieu en 1801, et qui habitait en forêt au dessus de cette verrerie, nous raconte vers 1830 ce travail d’empaillage des bonbonnes. C’est son fils  François Antoine (1847-1923) qui conte en 1883 les mémoires de son père (Mémoires d’un guide octogénaire, par François Antoine ROBISCHUNG, 1847-1923).

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Autre document mentionnant des dames-jeannes, un petit document, passavant établit à Marseille en Vendémiaire de l’An Dix de la République (1801). Il fait état du transport de Marseille à Agde sur la tartane La Sainte Vierge, de deux caisses contenant chacune deux Dames Jeannes Eau de Fleur d’orange cordées et bien conditionnées.

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Non loin de Marseille la verrerie de Peypin abritait elle aussi des ROBISCHUNG verriers qui, après des pérégrinations via Givors étaient originaires de Wildenstein ! Voir ici cette histoire ===>>> et aussi là ===>>>


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