Bief d’Etoz ou Essarts Cuenot ?

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Le long du Doubs

Le Doubs sort avec force d’une cavité (résurgence) sous le Mont Risoux, près de Mouthe, puis il coule vers le nord-est jusqu’à la trouée de Belfort pour revenir dans l’autre sens et se jeter, 453 km après sa naissance, dans le Sâone à Verdun-sur-le-Doubs.

Entre Villers-le-Lac et Indevillers le Doubs forme frontière avec la Suisse, dans une gorge souvent profonde et sauvage. Seuls deux ponts permettent de traverser la rivière sur ce parcours, à Goumois et à Biaufonds. Le seul village au bord du Doubs en ces lieux est Goumois, le fleuve étant par ailleurs trop encaissé entre les parois souvent abruptes. Cela n’a pas empêché l’établissement de modestes établissements industriels (moulins, taillanderies, forges et verreries) pouvant profiter de la force motrice et de l’abondance du bois. Ces lieux étaient reculés et d’accès difficile. Après sa sortie des gorges, le Doubs poursuit sa route en Suisse jusqu’à la petite ville médiévale de Saint-Ursanne, puis revient sur ses pas pour former ce que l’on nomme « le Clos du Doubs » (1). Après être de nouveau entré en France et avoir rejoint Saint-Hippolyte, une nouvelle boucle vers le nord-est l’emporte par Pont-de-Roide jusqu’à Audincourt, d’où il repart en sens inverse par l’Isle-sur-le-Doubs et Besançon, pour achever sa course dans la Saône.

Le petit hameau du Bief d’Etoz et sa chapelle

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Le Bief d’Etoz et sa chapelle  vue aérienne contemporaine avec le lit du Doubs (GoogleMap)
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Le Bief d’Etoz carte d’Etat Major 1820-1866 et carte IGN moderne (site de l’IGN)

Au sud-est du village franc-comtois de Charmauvillers, et trois cents mètres plus bas, bordant le Doubs, une petite chapelle récemment restaurée nous rappelle le souvenir de ce petit hameau aujourd’hui disparu. On y accède par un chemin raide en lacets, passant à côté de la Grotte de Pâques, puis devant la chapelle pour aboutir au lieu-dit La Goule où un pont étroit permet le passage du Doubs pour rejoindre la Suisse et le village du Noirmont.  La chapelle de Notre Dame du Bief d’Etoz, érigée en 1694 suite à un voeux, était un lieu de pèlerinage prisé (2). Une association très dynamique restaure le bâtiment et entretien sa mémoire (3).

Le moulin RONDOT

Dès 1613 un certain Jean RONDOT est locataire du moulin, mais quelques années plus tard il est détruit lors de la guerre de Trente Ans. Reconstruit, il est à nouveau donné à bail aux RONDOT et un acte notarié de 1660 atteste son fonctionnement et le nombre de ses meules, prouvant ainsi la diversité de sa production (farines, lin et chanvre, huiles, foulon pour tissus). Plus tard une clouterie et taillanderie seront ajoutées au moulin. Voir l’histoire et des photos des ruines sur le site Les Escarpades d’Eustache à voir ici ===>>>

La verrerie des Essarts-Cuenot

Tout le long du Doubs dans ce secteur les verreries étaient nombreuses de part et d’autre du Doubs et se faisaient concurrence. Celle dite Verrerie du Bief d’Etoz était en fait érigée plus en amont, au lieu-dit Côte de la Verrerie, en dessous du hameau des Essarts Cuénot.

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Emplacement des Essarts Cuenot – Photographie aérienne 1950 et carte IGN moderne (site de l’IGN)

Les Essarts Cuenot constituaient une commune autonome jusqu’en 1868, date à laquelle son territoire fut rattaché à celui de Charmauvillers. Voir ici ===>>> l’inventaire des archives de ce hameau

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Emplacement de la verrerie des Essarts Cuenot – Carte IGN 1950 et carte de Cassini (site de l’IGN)

Voilà ce qu’en disait, en 1935, l’historien Charles Alfred MICHEL dans son article « Les Verreries du Doubs »

« La Verrerie du Bief d’Etoz

 

était située aux Essarts Cuenot, commune de Charmauvillers, entre les Echelles de la Mort et l’usine de la Goule, vers le Noirmont.

Etablie en 1684 par Devaud, elle fut agrandie et développée par Melchior Grezely. La verrerie était en pleine activité et prospérité. En 1697 Michel Grezely succédait à ce dernier et il eut pour associés en 1774 les maîtres verriers: J. B. Paupe, J. Grand- Perrin et Henri .Schalle.

La fabrique fut incendiée en 1758 et rétablie après l’incendie; on y ajouta la gobeleterie, «la fabrication des chapelets», perles, boutons et autres menus objets en verre de couleur, de la verrerie populaire gravée et peinte. En 1774 elle occupait 20 ouvriers.

La Révolution remplaça le directeur de l’usine par le citoyen Blondeau et fournissait des calices, des ciboires et des ostensoirs en verre, destinés à remplacer les objets du culte en argent ou en vermeil qui avaient été confisqués et fondus par les révolutionnaires. Cette nouvelle fabrication, dont on possède quelques rares spécimens n’eut d’ailleurs aucun succès. Ce fut la fin de cette industrie. »

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Production de la verrerie du Bief d’Etoz

La verrerie a aussi produit due a verrerie émaillée, voir à ce sujet l’excellente étude de Jeannine GEYSSANT à lire ici en pdf ===>>>

Incendie en 1758

Par une requête de 1758 on apprend l’incendie de la verrerie (merci à l’Archiviste Cantonal Antoine GLAENTZER pour l’envoi de ces documents).

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Le sable de Bellelay

Un élément indispensable à la fabrication du verre est le sable (silice): plus il est pur et meilleure sera qualité du verre. Grâce à une procédure on sait qu’en 1734 une partie du sable provenait du Noirmont :

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Mais le fournisseur principal, pour le verre blanc (verre transparent) provenait des gisements de Bellelay (Saicourt, canton de Berne en suisse). En voici les explications techniques tirées de: Société jurassienne d’Emulation – Actes 2015 – ‘La verrerie de Bellelay (1859-1891), entre heritage et modernité

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Le sable de La Combe Jacob, un document de 1811

Nous avons eu la chance de pouvoir acquérir dernièrement un document, requête adressée en 1811 au Préfet du Haut-Rhin, adressée par Etienne DEVAULT alors propriétaire de la verrerie du Bief d’Etoz. Ce dernier précise « que dès l’établissement de la Verrerie, qui existe depuis 115 ans, les propriétaires sont en usage de prendre les sables nécessaires à l’alimenter, sur le territoire de Bellelaye »

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L’approvisionnement en bois grâce au flottage

En 1778 les verriers du Bief d’Etoz adressent une requête à Neuchâtel au sujet du flottage du bois. Cet intéressant document, conservé aux Archives Département aux du Doubs, nous montre l’intérêt d’établir la verrerie près du Doubs, ainsi que les rivalités entre verreries !

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(1) Une société d’histoire, la GHETE, se charge de recenser et publier tout ce qui à trait à ce secteur, de Biaufond à Saint-Hippolyte, englobant tout le secteur du Bief d’Etoz. Voir ici ses nombreuses activités et publications ===>>>

(2) Pour l’histoire de ce pèlerinage, voir ici === >>>Un pèlerinage jurassien; Notre Dame du Bief d’Etoz

(3) Pour l’histoire de la chapelle et du moulin voir ici le site de l’association ===>>>.


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