Incarcéré à Ensisheim

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Au début du XIXème siècle la situation ouvrière en Alsace n’était guère enviable. Les grandes manufactures textiles, apparues en Alsace au milieu du XVIIIème, s’étaient mécanisées et les conditions de travail des ouvriers n’avaient pas suivi les progrès techniques. Ainsi à l’époque de la Révolution Mulhouse comptait déjà 26 manufactures textiles. Le grand développement du début du XIXème siècle fit de Mulhouse la capitale industrielle de l’Alsace, en ajoutant au textile la construction mécanique et la chimie.

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Les ouvriers, venus souvent de la campagne, avaient perdus leur revenus paysans et étaient soumis directement aux crises de subsistances. Ils se révoltaient et tentaient d’améliorer leur sort. Mais en 1832 le délit de coalition était en place et ne sera abrogé qu’en 1864. Ce délit, promulgué par une loi de 1791, interdisait les rassemblements ouvriers et paysans, après l’abrogation des corporation la même année. Etaient ainsi punies  : « toutes tentatives des gens de même métier de se réunir pour discuter de leurs intérêts, de refuser de concert ou de n’accorder qu’à un prix déterminé, le secours de leur industrie et de leurs travaux». La loi du 10 avril 1834 avait encore alourdit les sanctions pénales si la coalition comportait plus de 20 personnes.

En 1832 une telle « coalition » avait eu lieu, et André BISAY, un meneur, avait été condamné pour « coups et blessures et comme chef et moteur d’une coalition d’ouvriers ». Il était alors fileur de coton et avait écopé de 5 ans de prison dans la Maison Centrale d’Ensisheim, suivis de 5 ans de surveillance.

Prison

Cette maison d’arrêt, ancien couvent de Jésuites, a défrayé la chronique à maintes reprises. Vétuste, on en avait annoncé la fermeture pour 2015 … et elle est toujoiurs en activité en 2017 ! Dans mon parcours professionnel j’ai eu l’occasion de me rendre, durant des années, dans des cellules de cette Centrale où la plupart des détenus, isolés, purgent de lourdes peines. Ce n’est pas la meilleure image que j’ai de mon pays …

Priso

Enfin libéré fin 1838, notre jeune fileur de coton obtint une feuille de route pour se rendre à Dornach, alors commune autonome (rattachée à Mulhouse en 1914) où les filatures fleurissaient. On en sait un peu plus sur l’aspect physique de notre fileur, grâce au signalement porté sur ce document de 1838. Natif d’Issenheim il avait 29 ans, et mesurait 1 mètre 72. Il avait les cheveux châtain, les yeux « roux », le nez aquilin, le front ridé, la bouche petite, le menton pointu, le visage maigre et le teint pâle.

Signalement

André BISAY avait été condamné par le Tribunal Correctionnel (21 décembre 1832) et la Cour Royale de Colmar (13 novembre 1833), et son Certificat de Libération lui fut délivré le 23 octobre 1838. Ce certificat le disait natif d’Issenheim (Haut-Rhin) comme fils de Meinrad BESAY et de Madeleine BENNINGER.

Cour d'Appel de Colmar

Cerrif2

Nous avons effectivement retrouvé son acte de naissance, du 16 mai 1808 (Archives Dép. du Haut-Rhin).

Bisay.N.Andre

Ses parents, Meinrad BISSAY journalier et Anne Marie BINNINGER (et non Madeleine BENNINGER comme indiqué sur le certificat de libération), s’étaient unis le 18 Brumaire de l’An X (09 novembre 1801) à Issenheim. L’époux, François Meinrad BISSEY, journalier, était âgé de 26 ans et originaire d’Issenheim où il était né le 23 décembre 1774 comme fils de Meinrad BISSEY et de son épouse Ursule GUILLMANN. Quand à l’épouse Anne Marie BINNINGER, elle était également originaire d’Issenheim .

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